LE TETRAGRAMME DE LA CATHEDRALE
 SAINT NAZAIRE 
Faute d’orthographe ou inspiration kabbalistique ?
Le tétragramme YHWH (יהוה) est un nom hébraïque se composant des quatre lettres yōḏ (י), hē (ה), wāw (ו), hē (ה). Le terme de « tétragramme » vient du grec et signifie « mot de quatre lettres ». 
Présenté comme le « nom propre » de Dieu dans le judaïsme, ses quatre lettres sont issues de la racine trilittère היה (HYH) du verbe « être ». Le Tanakh (la Bible hébraïque) rapporte que ce nom fut entendu par Moïse au sommet du mont Horeb dans le désert du Sinaï, lors de l'épisode du Buisson ardent. 
Le nom de Dieu apparaît près de 7000 fois dans le texte de la Bible sous la forme du Tétragramme. 
Dans son ouvrage Mishné Torah, Maïmonide explique que seuls les prêtres du Temple de Jérusalem étaient habilités à prononcer le Tétragramme, lors de la bénédiction sacerdotale quotidienne des fidèles. Après la mort du grand-prêtre Shimon HaTzadik au IIIe siècle av. J.-C., les prêtres ont cessé de réciter cette bénédiction qui accompagnait le Nom. 
La prononciation originelle du Tétragramme demeure imprécise depuis cette époque. En outre, comme seules les consonnes étaient écrites, il est impossible de reconstituer le Nom avec certitude. 
Le Talmud énonce l'interdiction de le prononcer, en vertu du Troisième Commandement: « Tu ne prononceras pas le nom de YHWH en vain… » Dans leurs prières ou pendant la lecture de la Torah, les Juifs le remplacent par « Adonaï », dont la traduction courante est « mon Seigneur », et « Adonaï » est remplacé par « HaShem », « Le Nom », dans la vie de tous les jours.  
Certaines traductions bibliques l’ont parfois transcrit par « Yahvé », « Yahweh » ou « Jéhovah ». Depuis le pontificat de Benoît XVI, l’Église catholique préconise, entre autres par respect pour les juifs, de ne plus prononcer « Yahvé » mais d'employer à la place l'expression « le Seigneur ». 
LE TETRAGRAMME DANS LES EGLISES CHRETIENNES 
De telles inscriptions ont souvent orné les façades des églises, notamment protestantes et luthériennes. On le retrouve plus de 50 fois en vingt endroits différents sur des monuments de Paris.  
Dans la cathédrale Saint Nazaire de Béziers, il apparait trois fois : au-dessus de l’autel qui se trouve dès l’entrée à gauche, et dans la chapelle du Saint Esprit, au-dessus de l’autel, et sur la porte du tabernacle.  
Ce qui est insolite n’est pas sa présence en soi, mais plutôt son écriture.  
L’hébreu se lisant de droite à gauche, les quatre lettres du tetragramme sont, dans l’ordre : yōḏ (י), hē (ה), wāw (ו), hē (ה). 
Il est arrivé, comme c’est le cas dans la chapelle Sainte Anne à Saorge, dans les Alpes Maritimes, que l’on trouve des écritures dans lesquelles le « yod » se trouve à gauche. Les trois autres lettres pour leur part constituent un « palindrome », puisqu’elles peuvent se lire indifféremment de droite à gauche ou de gauche à droite.  
Le but de cette inversion était-il de permettre une lecture de gauche à droite comme en français ? Ou s’agissait-il d’une erreur du graphiste ? 
On s’accorde cependant à penser que si le graphiste avait été juif il n’aurait ni procédé ainsi, ni commis une telle erreur. 
Dans le cadre du tétragramme de Saint Nazaire, il ne s’agit pas d’une écriture de gauche à droite, les lettres n’étant pas inversées mais mélangées : 
On lit ainsi, de droite à gauche :yōḏ (י), hē (ה), hē (ה), wāw (ו),  
Quant à l’inscription sur le tabernacle de la chapelle du Saint Esprit, le wāw (ו) a disparu, et l’écriture comporte un yōḏ (י), suivi de 3 fois la lettre hē (ה). 
QUE FAUT-IL EN CONCLURE ? 
Au Québec, le tétragramme divin est répandu dans la majorité des églises construites ou décorées aux XVIIIe et XIXe siècles. Il constitue un motif décoratif de la voûte, du rétable, des murs du chœur ou des vitraux. Il est placé, comme à Saint Nazaire, au centre d’un triangle d’où partent des rayons formant un motif solaire.  
On a pu remarquer à maintes reprises des erreurs dans l’écriture du tétragramme, ainsi pour les inscriptions ornant les carreaux des fenêtres de l’église Notre-Dame-de-la-Garde, à Québec. Parfois, dans une même église, l’inscription est exacte à un endroit et fausse à un autre. Les observateurs en concluent que les artistes, ignorant l’hébreu, pouvaient se fier à une mémoire visuelle sans prendre la peine de vérifier, à chaque fois, l’exactitude du dessin.  
Dans le cadre de la chapelle Sainte Anne à Saorge, on a avancé l’hypothèse que l’inscription était écrite à l’envers pour que D.ieu puisse la voir à l’endroit.  
Il faut toutefois noter que certains y ont vu une volonté délibérée du graphiste. 
Alors erreur involontaire, négligence ou bien encore déni volontaire de la « filiation hébraïque » avec laquelle l’Eglise entendait renouer ? Quel « esprit » a bien pu « animer » la main du ou des graphistes de Saint Nazaire ?  
A moins qu’il ne faille rechercher la signification dans une interprétation kabbalistique ? 
En hébreu, chacune des lettres a une valeur et un sens mystiques bien connus des kabbalistes juifs et chrétiens. Si l’on considère que la lettre « Hé » est évocatrice du souffle originel du Père (Yod), au moment de la Création, le graphiste aurait voulu donner une place centrale au souffle divin… 
On ne le saura sans doute jamais… 
Je ne sais pas si le cas de ces écritures plus ou moins "déviantes" a déjà été observé par ailleurs, et lance un appel à nos spécialistes de la Culture, du Patrimoine et de la kabbale pour nous éclairer de leurs lumières à ce sujet.  
PHOTOS : le tétragramme représenté au dessus des autels de la cathédrale et celui de la porte du tabernacle, et le tétragramme tel qu'il devrait être transcrit.